Chaire UNESCO d’étude des fondements philosophique de la justice et de la société démocratique | UQAM La déesse grecque Athéna - Musée archéologique du Pirée
14 janvier 2016

Projet de recherche : Radicalisation islamique, politique identitaire et questions citoyennes

Organisé par Mounia Ait Kabboura

Dans le cadre du « Chantier de recherche et de formation sur l’islamophobie et le fondamentalisme » de la chaire UNESCO d’étude des fondements philosophiques de la justice et de la société démocratique, a élaboré un nouveau projet sur la radicalisation islamique dans ses rapports avec les théories de l’identité et de la citoyenneté, sous la direction de Mounia Aït Kabboura responsable de projets de recherche à la chaire UNESCO.

Il se déroulera en automne 2016, une série de conférences-débats. Les conférenciers chercheront a interroger, selon trois dynamiques complexes et enchevêtrées, les percussions de la radicalisation et les demandes identitaires sur le vivre ensemble dans la société québécoise :

1. la dynamique de l’Islam, dans ses rapports étroits avec l’Islam politique et l’Islam traditionnel ;
2. la dynamique de la construction identitaire nationale, dans ses rapports complexes avec les identités culturelles et religieuses immigrantes et la question des inégalités sociales et de l’intégration ;
3. La dynamique des « révoltes arabes », marquée par la montée importante des revendications de démocratisation et de sécularisation brimées depuis la Naha et ses percussions sur la montée du réveil des sentiments de victimisation et d’humiliation, fruits de la mémoire historique coloniale et postcoloniale.

Conférences-Débats (automne-2016)

1. Radicalisation et islamophobie : le débat est mal parti
Le 20 janvier 2016 de 12h30 à 14h
Salle des Boiseries (J-2805), Pavillon Judith-Jasmin – UQAM

Conférencier : Rachad Antonius
Sociologue et professeur à l’Université du Québec à Montréal. Membre du Centre de recherche en immigration, ethnicité et citoyenneté de l’UQAM

Résumé
Les attentats de Paris ont ramené au premier plan la question du rapport entre les citoyens musulmans des pays occidentaux et les majorités dans ces pays. Une tendance importante, dans les sciences sociales, explique la radicalisation violente des jeunes de banlieues comme étant le résultat, avant tout, de l’exclusion sociale, elle-même expliquée comme étant une des nombreuses expressions de l’islamophobie. Dans cette approche, la montée de l’islamisme comme cause de tension est écartée des schèmes explicatifs, et les appels à la réforme de l’islam sont même vus comme une façon additionnelle de stigmatiser les musulmans.
Nous croyons que cette approche est plus idéologique que scientifique, et qu’elle ne permet pas de comprendre les dynamiques en jeu, et encore moins de trouver des pistes de solution. Nous nous proposons d’examiner l’utilisation du concept d’islamophobie de façon critique, et de proposer d’autres lectures de la radicalisation qui tiennent compte des facteurs idéologiques et géostratégiques.


2. Citoyenneté : les limites de l’artifice juridique
Le 10 février 2016 de 12h30 à 14h
Salle A-5020, Pavillon Hubert-Aquin - UQAM

Conférencier : Mathieu Bock-Côté
Sociologue, chargé de cours aux HEC et chroniqueur au Journal de Montréal.

Résumé
La lutte contre l’exclusion et les discriminations a poussé les sociétés occidentales à désinvestir la citoyenneté de ses contenus identitaires et culturels. Mais l’universalisation radicale du lien politique rend de plus en plus difficile la reconnaissance d’un nous historique, sur lequel appuyer la communauté politique. Aussi, dans un contexte de guerre, on peine à la fois à s’identifier et à identifier l’ennemi. On parlera par exemple d’un terrorisme générique qui s’abattrait sur les sociétés libres, mais on refusera de le caractériser. Cette déréalisation rend de moins en moins intelligible les tensions interculturelles ou intercommunautaires, car il rend pratiquement impossible leur conceptualisation. Dans cette conférence, je m’intéresserai aux limites de l’artificialisme juridique dans la définition de la citoyenneté, et plaiderai pour une réhabilitation de la diversité des cultures historiques comme des régimes appelés à les institutionnaliser politiquement.


3. La contre/dé-radicalisation : quelques pistes de réflexion
Le 10 mars 2016 de 12h30 à 14h
Bibliothèque centrale (Salle A-M204), Pavillon Hubert-Aquin, UQAM

Conférencier : Aziz Djaout
Doctorant en sciences des religions à l’Université de Montréal.
Membre de la Chaire de recherche en gestion de la diversité culturelle et religieuse de la Faculté de théologie et des sciences des religions.

Résumé
Pourquoi et comment lutter contre la “radicalisation menant à la violence”, c’est-à-dire contre un mythe ? En essayant de répondre à cette double interrogation, le conférencier tentera de suggérer des pistes de réflexion sur un thème qui semble dorénavant préoccuper l’opinion publique québécoise et occuper toutes sortes de contre/dé-radicalisateurs. Il le fera essentiellement en problématisant l’expertise aujourd’hui dominante sur « les processus de radicalisation » et les mesures pour les contrer. Puisant dans la sociologie pragmatique et les sciences des religions, l’auteur proposera ainsi une double hypothèse par rapport à cette expertise, à savoir : 1- son homologie avec la nature religieuse qu’elle attribue au phénomène qu’elle étudie et 2- son rôle fonctionnel dans l’appareil politico-idéologique et militaire des États néocoloniaux.


4. Démocratie et droits de la personne dans le discours islamiste : l’excommunication de la démocratie, source de violence au Moyen-Orient
Le 14 avril 2016 de 12h30 à 14h
Bibliothèque centrale (Salle A-204), Pavillon Hubert-Aquin, UQAM

Conférencier de Nooman Raboudi
Islamologue, docteur en études arabes et islamiques modernes et
Professeur à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa.

Résumé
Après la fin de la guerre froide et l’effondrement du bloc communiste, une vague de démocratisation a déferlé sur le monde entier. Seul le monde arabe est resté confiné dans une culture autoritaire. À la fin de 2010 et au début de 2011, en quelques mois, sous l’effet de surprise de la pression populaire tenace, les régimes les plus autoritaires de la région se sont effondrés cédant la place à de nouveaux acteurs politiques. De nouveaux échiquiers politiques se sont formés. À nouveau, la question de l’islam, l’islamisme et la démocratie est apparue dans le débat politico-intellectuel qui secoue les sociétés arabo-musulmanes depuis plusieurs décennies. L’implication de l’islamisme dans ces révoltes, dans la gestion des périodes transitoires, mais surtout dans la violence politique qui les a accompagnés, a réanimé les doutes sur la compatibilité de l’islamisme en tant qu’idéologie identitaire défendant un projet religieux à la démocratie en tant qu’idéologie laïque conçue pour un pouvoir séculier. Cette présentation à un double objectif : comprendre la conception islamiste de la démocratie ensuite analyser son impact sur la mobilisation du capital de violence politico-religieuse qui ravage le Moyen-Orient actuellement.


Groupe de lecture sur l’islamophobie L’UNESCO a célébré le 19 novembre 2015 la Journée mondiale de la philosophie